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VIAU, Théophile de


D'un sommeil plus tranquille à mes Amours rêvant

D'un sommeil plus tranquille à mes Amours rêvant

J'éveille avant le jour mes yeux et ma pensée,

Et cette longue nuit si durement passée,

Je me trouve étonné de quoi je suis vivant.

Demi désespéré je jure en me levant

D'arracher cet objet à mon âme insensée,

Et soudain de ses voeux ma raison offensée

Se dédit et me laisse aussi fol que devant.

Je sais bien que la mort suit de près ma folie,

Mais je vois tant d'appas en ma mélancolie

Que mon esprit ne peut souffrir sa guérison.

Chacun à son plaisir doit gouverner son âme,

Mytridate autrefois a vécu de poison,

Les Lestrigons de sang, et moi je vis de flamme.


Au moins ai-je songé que je vous ai baisée

Au moins ai-je songé que je vous ai baisée,

Et bien que tout l'amour ne s'en soit pas allé,

Ce feu qui dans mes sens a doucement coulé,

Rend en quelque façon ma flamme rapaisée.

Après ce doux effort mon âme reposée

Peut rire du plaisir qu'elle vous a volé,

Et de tant de refus à demi consolé,

Je trouve désormais ma guérison aisée.

Mes sens déjà remis commencent à dormir,

Le sommeil qui deux nuits m'avait laissé gémir,

Enfin dedans mes yeux vous fait quitter la place.

Et quoi qu'il soit si froid au jugement de tous,

Il a rompu pour moi son naturel de glace,

Et s'est montré plus chaud et plus humain que vous.


Vous avez la fesse soudaine,

Vous avez la fesse soudaine,

Alors qu'on vous presse le flanc ?

Le cul sans cesse me demeine

Comme l'esguille d'un quadranc.

Qui vous voit la mine si froide,

Ne vous croit point le cul si chaud.

C'est au con qu'il faut un vit roide,

Ce n'est point au front qu'il le faut.


Je viens dans un désert mes larmes épancher

Je viens dans un désert mes larmes épancher,

Où la terre languit, où le Soleil s’ennuie,

Et d’un torrent de pleurs qu’on ne peut étancher

Couvre l’air de vapeurs et la terre de pluie.

Là le seul réconfort qui peut m’entretenir,

C’est de ne craindre point que les vivants me cherchent

Où le flambeau du jour n’osa jamais venir.


À Chloris

S'il est vrai, Chloris, que tu m'aimes,
Mais j'entends, que tu m'aimes bien,
Je ne crois point que les rois mêmes
Aient un bonheur pareil au mien.

Que la mort serait importune
De venir changer ma fortune
A la félicité des cieux!

Tout ce qu'on dit de l'ambroisie
Ne touche point ma fantaisie
Au prix des grâces de tes yeux.