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CASANOVA, Giovanni Giacomo

Histoire de ma vie

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D’abord que j’ai trouvé des honnêtes gens curieux de l’histoire du malheur qui m’accablait, et que je la leur contais, je leur ai toujours inspiré toute l’amitié qui m’était nécessaire pour me les rendre favorables et utiles. L’artifice que j’ai employé pour cela fut celui de conter la chose avec vérité sans omettre certaines circonstances qu’on ne peut dire sans avoir du courage. Secret unique que tous les hommes ne savent pas mettre en usage, parce que la plus grande partie du genre humain est composée de poltrons.

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Le fond de l’amour, comme je l’ai appris après, est une curiosité, qui jointe au penchant que la nature a besoin de nous donner pour se conserver, fait tout. La femme est comme un livre qui bon ou mauvais doit commencer à plaire par le frontispice ; s’il n’est pas intéressant il ne fait pas venir l’envie de le lire, et cette envie est égale en force à l’intérêt qu’il inspire. Le frontispice de la femme va aussi du haut en bas comme celui d’un livre, et ses pieds, qui intéressent tant des hommes faits comme moi, donnent le même intérêt que donne à un homme de lettres l’édition de l’ouvrage. La plus grande partie des hommes ne prend pas garde aux beaux pieds d’une femme, et la plus grande partie des lecteurs ne se soucie pas de l’édition. Ainsi les femmes n’ont point tort d’être tant soigneuses de leur figure, et de leurs vêtements, car ce n’est que par là qu’elles peuvent faire naître la curiosité de les lire dans ceux qui à leur naissance la nature n’a pas déclaré pour dignes d’être nés aveugles.

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Cultiver les plaisirs de mes sens fut dans toute ma vie ma principale affaire: je n’en ai jamais eu de plus importante. Me sentant né pour le sexe différent du mien, je l’ai toujours aimé et je m’en suis fait aimer autant que j’ai pu.

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Elle a pitié de moi, mes mains partagent le bonheur de mes yeux ; je tombe entre ses bras, nos lèvres se confondent, et tous deux, dans une voluptueuse pression, nous éprouvons une défaillance amoureuse, insuffisante pour nos désirs, mais assez douce pour les tromper un moment.

Plus maîtresse d’elle même qu’on ne l’est d’ordinaire en pareille circonstance, elle eut soin de ne me laisser parvenir qu’au parvis du temple, l’entrée du sanctuaire ne devant pas être encore mon partage.