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CALVIN, Jean

Le Traité des reliques

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Quant à la Vierge Marie, pour ce qu’ils tiennent que son corps n’est plus en terre, le moyen leur est ôté de se vanter d’en avoir les os. Autrement, je pense qu’ils eussent fait accroire qu’elle avait un corps pour remplir un grand charnier. Au reste, ils se sont vengés sur ses cheveux et sur son lait, pour avoir quelque chose de son corps. De ses cheveux, il en est à Rome, à Sainte-Marie-sus-Minerve, à Saint-Salvador en Espagne, à Mâcon, à Cluny, à Noyers, à Saint-Flour, à Saint-Jacquerie, et en d’autres plusieurs lieux.

Du lait, il n’est à métier de nombrer les lieux où il y en a. Et aussi ce ne sera jamais fait. Car il n’y a si petite villette, ni si méchant couvent soit de moines, soit de nonnains, où l’on en montre, les uns plus, les autres moins. Non pas qu’ils aient été honteux de se vanter d’en avoir à pleines potées, mais pour ce qu’il leur semblait avis que leur mensonge serait plus couvert s’ils n’en avaient que ce qui pourrait tenir dedans quelque montre de verre ou de cristallin, afin qu’on n’en fît pas d’examen plus près. Tant y a que si la sainte Vierge eût été une vache et qu’elle eût été nourrice toute sa vie, à grand’peine en eût-elle pu rendre telle quantité.

D’autre part, je demanderais volontiers comment ce lait qu’on montre aujourd’hui partout, s’est recueilli pour le réserver en notre temps. Car nous ne lisons pas que jamais aucun ait eu cette curiosité. Il est bien dit que les pasteurs ont adoré Jésus-Christ, que les sages lui ont offerts leurs présents, mais il n’est point dit qu’ils aient rapporté du lait pour récompense. Saint-Luc récite bien ce que Siméon prédit à la Vierge, mais il ne dit pas qu’il lui demandât de son lait. Quand on ne regardera que ce point, il ne faut jà arguer davantage pour montrer combien cette folie est contre tout raison et sans couverture aucune.

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