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DESCHAMPS, Eustache


Suis je, suis-je, suis-je belle?

J’ai vers yeux, petits sourcils,

Le chief blond, le nez traitis

Rond menton, blanche gorgette ;

Suis-je, suis-je, suis-je belle ?

J’ai pieds rondets et petits,

Bien chaussants et beaux habits,

Je suis gaie et joliette ;

Dites-moi si je suis belle.

Entre nous acouardis

Pensez à ce que je dis ;

Cy finit ma chansonnette ;

Suis-je, suis-je, suis-je belle ?


PLAINTES D’AMOUREUX

Nul homm’ ne peut souffrir plus de tourment

Que j’ai pour vous, chère dame honorée,

Qui chaque jour êtes en ma pensée ;

Si il vous plaît, je vous dirai comment,

Car loin de vous ai vie désespérée :

Nul homm’ ne peut souffrir plus de tourment

Que j’ai pour vous, chère dame honorée,

Mais Faux-Rapport vous a dit faussement

Que j’aime ailleurs ; C’est fausseté prouvée ;

Je n’aim’ fors vous, et sachez, belle née,

Nul homm’ ne peut souffrir plus de tourment

Que j’ai pour vous, chère dame honorée,

Qui chaque jour êtes en ma pensée.


Je deviens courbes et boussu

Je deviens courbes et bossu,

J’ois très dur, ma vie décline,

Je perds mes cheveux par dessus,

Je flue en chacune narine,

J’ai grand douleur en la poitrine,

Mes membres sens jà tous trembler,

Je suis très hâtif à parler,

Impatient ; Dédain me mord ;

Sans conduit ne sais mais aller :

Ce sont les signes de la mort.

Convoiteux suis, blanc et chenu,

Échard, courrouceux ; j’adevine

Ce qui n’est pas, et loue plus

Le temps passé que la doctrine

Du temps présent ; mon corps se mine ;

Je vois envis rire et jouer,

J’ai grand plaisir à grommeler,

Car le temps passé me remord ;

Toujours veuil jeunesse blâmer :

Ce sont les signes de la mort.

Mes dents sont longs, faibles, aigus,

Jaunes, flairant comme sentine ;

Tous mes corps est froids devenus,

Maigres et secs ; par médecine

Vivre me faut ; chair ni cuisine

Ne puis qu’à grand peine avaler ;

Des jeünes me faut baller,

Mon corps toudis sommeille ou dort,

Et ne veuil que boire et humer :

Ce sont les signes de la mort.

Prince, encor je veuil ci ajouter

Soixante ans, pour mieux conforter

Ma vieillesse qui me nuit fort,

Quand ceux qui me doivent aimer

Me souhaitent jà outre mer :

Ce sont les signes de la mort.


BALLADE DE LA VIE DOLENTE

Je hais mes jours et ma vië dolente,

Et si maudis l’heure que je fus né,

Et à la mort humblement me présente

Pour les tourments dont je suis fortuné.

Je hais ma conception

Et si maudis la constellation

Où Fortune me fit naître premier,

Quand je me vois de tous maux parsonnier.

Car pauvreté chacun jour me tourmente :

Par son fait suis haï-z et diffamé ;

Chacun me fuit, ne nul ne me parente,

Les riches vois trop bien emparentés ;

Ceux ont indignation

De moi vëoir, de qui création

Je suis extrait, si suis plus bas que biers,

Quand je me vois de tous maux parsonnier.

Hélas ! il n’est nul, tant sage se sente,

Si riche n’est, qui jà soit honoré.

Mais d’un homme à trois cents livres de rente,

Tant soit cocart, chacun sera paré

En dissimulation

De lui faire grand inclination.

Or suis pauvre, je vi à grand danger

Quand je me vois de tous maux parsonnier.