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PEGUY, Charles


La mort n'est rien

La mort n’est rien

je suis seulement passé, dans la pièce à côté.

Je suis moi. Vous êtes vous.

Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours.

Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné,

parlez-moi comme vous l'avez toujours fait.

N'employez pas un ton différent,

ne prenez pas un air solennel ou triste.

Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.

Priez, souriez,

pensez à moi,

priez pour moi.

Que mon nom soit prononcé à la maison

comme il l'a toujours été,

sans emphase d'aucune sorte,

sans une trace d'ombre.

La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été.

Le fil n'est pas coupé.

Pourquoi serais-je hors de vos pensées,

simlement parce que je suis hors de votre vue ?

Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.


Eve
…..
O femme qui fermez les regards bleus et noirs

Et les regards profonds des yeux les plus aimés,

Épouse qui fermez pour le dernier des soirs

Le reconnaissement des yeux accoutumés.

O femme qui fermez les regards des mourants

Sur le dernier aspect qu’ils auront eu du monde,

Et qui les refermez sur cette nuit profonde,

O femme qui cueillez des souffles expirants,

Vous rangez le Seigneur au fond du sanctuaire,

Vous rangez le calice : après qu’il est empli.

Vous rangez le cantique avec l’obituaire.

Et vous rangez le sort : quand il est accompli.

Et vous rangez le mort : après qu’il est bien mort.

Et vous rangez les temps : quand ils sont révolus.

Et vous rangez les jours : quand ils sont absolus.

Vous rangez le vaisseau : quand il est dans le port.

Vous rangez les enfants : quand ils sont résolus.

Vous rangez le sépulcre et la foi de par Dieu.

Vous rangez les trois croix sur le dernier haut lieu.

Et vous rangez le coeur : après qu’il ne bat plus.

…..