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EMMANUEL, Pierre


L'exilé de novembre

Je pars. tes lents cheveux sanglotent sur mon âme,

et déjà tu me perds dans l’ombre, ô bien-aimée !

Qui donc est revenu jamais ? Un soir d’automne

une feuille tombée sur la vasque, ce cri

d’un pas sur le gravier des heures ! mais l’allée

s’éloigne, et le passant se hâte vers l’hiver.

Un piano désert joue longtemps dans la brume,

il pleut. J’enfonce mes épaules, je rabats

mon chapeau sur ces yeux où s’éteint un novembre

transi de larmes, ton visage glisse, loin,

glisse vers le retour éternel où se fondent

les départs sans espoir de retour, les adieux

jetés dans le brouillard suprême des années

et qui trente ans après sonnent toujours, là-bas.


Ah! Si j’avais les ailes de la colombe!
…..
O peuples prisonniers de vos terreurs profondes

et dont l’âme croupit dans le sang de vos morts

O peuples sans écho que nul cri ne révolte

vînt-il du plus secret des pierres torturées

O peuples pourrissant sur pied dans votre histoire

et qui ne sentez pas l’odeur vous accuser

O peuples moribonds qui de vos mains crispées

ramenez le passé frileux sur vos regards

La Colombe a fondu sur vous de tout son être

lacérant le linceul où vous roule la Voix :

vous grelottez au matin froid de l’espérance

nus, voûtés, l’oeil peureux vers la terre, le bras

sur la tête plié pour parer les coups d’aile

car la gifle d’un libre vol vous marquerait

jusqu’au sang, et vous haïssez le sang, ô peuples

blafards comme la face de vos tyrans

…..