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PEAN, Pierre



Interview par Nicole GAUTHIER, 30 Avril 1996


Pierre Péan relève des «contre-vérités» dans le livre posthume de l'ancien Président.

« Mitterrand fut maréchaliste et résistant ».

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Dans son livre d'entretiens avec Georges-Marc Benamou, Mémoires interrompus (1), François Mitterrand répond longuement à Pierre Péan. Dans Une jeunesse française (2), publié en 1994, le journaliste avait notamment passé au crible le passé maréchaliste de l'ancien président de la République. Aujourd'hui, Pierre Péan conteste la version de certains faits exposée dans le livre posthume de François Mitterrand.


Les explications de François Mitterrand sur son attitude à Vichy sous l'Occupation sont-elles convaincantes?


Il y a, sur cette période, une succession de contre-vérités, dont je suis incapable de dire si elles sont énoncées de bonne ou de mauvaise foi. François Mitterrand cherche une nouvelle fois à gommer trois trimestres de sa vie, qui n'ont pourtant rien de déshonorants puisqu'il est vrai qu'il n'occupait pas de poste important à Vichy. Il reprend la version selon laquelle il serait devenu sinon résistant, du moins tout proche de la Résistance quelques semaines après son arrivée à Vichy. C'est faux.


Il affirme que, contrairement à ce que vous écrivez, il n'a jamais appartenu à la Légion française des combattants...


Il suffit, pour lui répondre, de faire référence à une lettre signée de sa main et datée du 22 avril 1942: «Je viens de donner ma démission de la Légion. J'y travaillerai donc le délai utile à la passation des pouvoirs, mais ma décision est définitive. Cela me déplaît de ne servir à rien. Je compte quand même rester à Vichy (...) Or la Légion est fonctionnarisée. Je suis d'une autre trempe malgré ces faiblesses, ces hésitations qui sont en moi. Notre époque est magnifique, je ne veux pas la regarder de ma fenêtre». Son départ n'est pas du tout motivé par un quelconque désaccord.


François Mitterrand réécrit donc l'histoire?


Tout est un problème de glissement dans le temps. François Mitterrand se détermine comme s'il était arrivé de captivité en octobre-novembre 1942, alors qu'il s'est installé à Vichy début janvier 42. Il a été grosso modo pétainiste de janvier à mai 42 quand il était à la Légion, puis son engagement vichyssois a progressivement diminué à partir de juin 42, date à laquelle il rentre au Commissariat au reclassement des prisonniers, et développe parallèlement une activité clandestine en faveur des prisonniers de guerre. Il est dès lors maréchaliste. Au Commissariat, un organisme social, il est toujours intégré à Vichy et s'occupe de la propagande et de la censure. Mitterrand est un propagandiste de bon ton. Il dit avoir rompu «avec ce système médiocre» durant l'année 1942. Non, il n'a rompu avec Vichy qu'en février-mars de l'année 1943. C'est en 1942 qu'il décrit Pétain comme «un vieillard d'allure magnifique» et non, comme il le situe dans son livre, à l'arrivée du Maréchal au pouvoir, en 1940. François Mitterrand dit encore: «J'ai très vite viré ma cuti». Il l'a fait, mais pas «très vite».


François Mitterrand assure aussi qu'il a reçu la francisque car Pétain avait entrepris «une campagne de séduction à l'égard des mouvements de solidarité» hostiles ou réticents. Qu'en pensez-vous?


Il minimise cette rencontre qui, en elle-même, n'est pas très importante. Mais cette rencontre et la photo qui l'accompagne symbolisent les huit mois qu'il vient de passer à Vichy. Même si en octobre, il a déjà des activités pour aider les prisonniers et qu'il va tout-à-fait progressivement se détacher du régime, cette francisque témoigne de son activité antérieure. Le début de la rupture date de novembre 42 avec l'invasion de la zone sud et le débarquement en Afrique du Nord. Début 1943, comme beaucoup de gens de cette époque, François Mitterrand peut être défini comme maréchaliste et résistant. La dernière rencontre qu'il a au cabinet Pétain date de mai 43.

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