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D’HOUVILLE, Gérard (Marie DE HEREDIA)


Thallo

Lorsque vous m’étendrez au bûcher de santal,

Avant que je devienne une cendre légère,

Éloignez de mes doigts l’obole de métal.

Je veux que ce qui fut ma grâce passagère

Charme encor d’un baiser le passeur infernal

Quand vous, de ces baisers, n’aurez que la poussière.

Puisque l’ennui de vivre et l’effroi, tour à tour,

De la mort, ont toujours tourmenté mes pensées

Et que triste et divin fut mon terrestre amour,

Que je rentre à jamais dans les choses passées

Et que de ma beauté l’on parle quelque jour

Quand je serai lointaine aux mémoires lassées.

Mon âme, fleur funèbre, ô nuit, t’embaumera ;

Papillon ténébreux que le sort fit diurne,

Son aile d’ombre errante en l’ombre se perdra.

Et moi qui fus si grande, une très petite urne

D’argile ou de cristal transparent contiendra

Ma chair voluptueuse et mon cœur taciturne.