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NOAILLES, Anna de


Il n'est pas un instant

Il n'est pas un instant où près de toi couchée

Dans la tombe ouverte d'un lit,

Je n'évoque le jour où ton âme arrachée

Livrera ton corps à l'oubli. [...]

Quand ma main sur ton coeur pieusement écoute

S'apaiser le feu du combat,

Et que ton sang reprend paisiblement sa route,

Et que tu respires plus bas,


Quand, lassés de l'immense et mouvante folie

Qui rend les esprits dévorants,

Nous gisons, rapprochés par la langueur qui lie

Le veilleur las et le mourant,

Je songe qu'il serait juste, propice et tendre

D'expirer dans ce calme instant

Où, soi-même, on ne peut rien sentir, rien entendre

Que la paix de son coeur content.

Ainsi l'on nous mettrait ensemble dans la terre,

Où, seule, j'eus si peur d'aller ;

La tombe me serait un moins sombre mystère

Que vivre seule et t'appeler.

Et je me réjouirais d'être un repas funèbre

Et d'héberger la mort qui se nourrit de nous,

Si je sentais encor, dans ce lit des ténèbres,

L'emmêlement de nos genoux...


La nuit, lorsque je dors

La nuit, lorsque je dors et qu'un ciel inutile

Arrondit sur le monde une vaine beauté,

Quand les hautes maisons obscures de la ville

Ont la paix des tombeaux d'où le souffle est ôté,

Il n'est plus, morts dissous, d'inique différence

Entre mon front sans âme et vos corps abolis,

Et la même suprême et morne tolérance

Apparente au néant le silence des lits !