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LE ROY LADURIE, Emmanuel

Montaillou, village occitan

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« [...] Ce que voyant, Raymond Maulen ne voulut pas être en reste. Il apporta donc à ses trois hôtes, qui mangeaient dans la cave, un morceau de lard. Mais c'était sans compter sur l'orthodoxie végétarienne de Prades Tavernier. Mal en prit au donateur : enlève-moi cette espèce de viande sauvage , dit Prades Tavernier, en utilisant à cette occasion un tutoiement autoritaire et distanciateur. Et puis mis en veine par cette affaire de "viande sauvage", Prades Tavernier, oubliant son éclat d'humeur, commença de prêcher. Il se lança derechef, à corps perdu, dans une de ces entreprises de gavage mythologique, dont les parfaits, bons orateurs, étaient coutumiers [...] »

« Géographiquement, les courants de transhumance dont les têtes de parcours se trouvent dans la haute Ariège se situent à l'écart de ceux qui concernent l'arrière-pays montagneux de Toulouse [note]. L'hivernage en région toulousaine s'accompagne en effet d'une estive localisée nettement à l'ouest de notre zone, et qui intéresse surtout le Béarn et le pays de Palhars. Au contraire, les Pyrénées ariégeoises et orientales transhument de préférence, en hiver, vers l'Aude (au nord-est), et vers la Catalogne (au midi) [note]. Les bergers de Montaillou, à commencer par les Maurs et par les Maury, basent leur estive sur les localités d'altitude sises en haute Ariège ou en Sabarthès ; elles sont proches de leur petite patrie d'origine : il s'agit d'Ax-les-Thermes, d'Orlu, de Mérens et des pâturages qui jouxtent ces terroirs [...] »