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BONNEFOY, Yves



Une pierre


Plus de chemins pour nous, rien que l’herbe haute,

Plus de passage à gué, rien que la boue,

Plus de lit préparé, rien que l’étreinte

A travers nous des ombres et des pierres.


Mais claire cette nuit

Comme nous désirions que fût notre mort.

Elle blanchit les arbres, ils s’élargissent.

Leur feuillage : du sable, puis de l’écume.

Même au-delà du temps le jour se lève. »


Le myrte


Parfois je te savais la terre, je buvais

Sur tes lèvres l'angoisse des fontaines

Quand elle sourd des pierres chaudes, et l'été

Dominait haut la pierre heureuse et le buveur.


Parfois je te disais de myrte et nous brûlions

L'arbre de tous tes gestes tout un jour.

C'étaient de grands feux brefs de lumière vestale.

Ainsi je t'inventais parmi tes cheveux clairs.


Tout un grand été nul avait séché nos rêves,

Rouillé nos voix, accru nos corps, défait nos fers.

Parfois le lit tournait comme une barque libre

Qui gagne lentement le plus haut de la mer.



L’arbre des rues


Passant,
regarde ce grand arbre
et à travers lui
il peut suffire.
Car même déchiré, souillé,
l'arbre des rues,
c'est toute la nature,
tout le ciel,
l'oiseau s'y pose,
le vent y bouge, le soleil
y dit le même espoir malgré
la mort.
Philosophe,
as-tu chance d'avoir l'arbre
dans ta rue,
tes pensées seront moins ardues,
tes yeux plus libres,
tes mains plus désireuses
de moins de nuit.