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NIZET, Marie


La torche


Je vous aime, mon corps, qui fûtes son désir,

Son champ de jouissance et son jardin d’extase

Où se retrouve encor le goût de son plaisir

Comme un rare parfum dans un précieux vase.


Je vous aime, mes yeux, qui restiez éblouis

Dans l’émerveillement qu’il traînait à sa suite

Et qui gardez au fond de vous, comme en deux puits,

Le reflet persistant de sa beauté détruite. […]


Je vous aime, mon coeur, qui scandiez à grands coups

Le rythme exaspéré des amoureuses fièvres,

Et mes pieds nus noués aux siens et mes genoux

Rivés à ses genoux et ma peau sous ses lèvres…


Je vous aime ma chair, qui faisiez à sa chair

Un tabernacle ardent de volupté parfaite

Et qui preniez de lui le meilleur, le plus cher,

Toujours rassasiée et jamais satisfaite.


Et je t’aime, ô mon âme avide, toi qui pars

– Nouvelle Isis – tentant la recherche éperdue

Des atomes dissous, des effluves épars

De son être où toi-même as soif d’être perdue.


Je suis le temple vide où tout culte a cessé

Sur l’inutile autel déserté par l’idole ;

Je suis le feu qui danse à l’âtre délaissé,

Le brasier qui n’échauffe rien, la torche folle…


Et ce besoin d’aimer qui n’a plus son emploi

Dans la mort, à présent retombe sur moi-même.

Et puisque, ô mon amour, vous êtes tout en moi

Résorbé, c’est bien vous que j’aime si je m’aime.