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JAMMES, Francis


Par le petit garçon …

Agonie

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère

tandis que des enfants s'amusent au parterre ;

et par l'oiseau blessé qui ne sait pas comment

son aile tout à coup s'ensanglante et descend ;

par la soif et la faim et le délire ardent :

Je vous salue,

Marie.

Flagellation

Par les gosses battus par l'ivrogne qui rentre,

par l'âne qui reçoit des coups de pied au ventre,

par l'humiliation de l'innocent châtié,

par la vierge vendue qu'on a déshabillée,

par le fils dont la mère a été insultée :

Je vous salue.

Marie.

Couronnement d'épines

Par le mendiant qui n'eut jamais d'autre couronne

que le vol des frelons, amis des vergers jaunes,

et d'autre sceptre qu'un bâton contre les chiens ;

par le poète dont saigne le front qui est ceint

des ronces des désirs que jamais il n'atteint :

Je vous salue.

Marie.

Portement de Croix

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids,

s'écrie « Mon Dieu ! » Par le malheureux dont les bras

ne purent s'appuyer sur une amour humaine

comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène;

Par le cheval tombé sous le chariot qu'il traîne :

Je vous salue,

Marie.

Crucifiement

Par les quatre horizons qui crucifient le Monde,

Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe,

Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains.

Par le malade que l'on opère et qui geint

et par le juste mis au rang des assassins :

Je vous salue,

Marie.


Les dimanches

Les dimanches, les bois sont aux vêpres.
Dansera-t-on sous les hêtres ?
Je ne sais... Qu’est-ce que je sais ?
Une feuille tombe de la croisée...
C’est tout ce que je sais ..

L’église. On chante. Une poule.
La paysanne a chanté, c'est la fête.
Le vent dans l'azur se roule.
Dansera-t-on sous les hêtres ?
Je ne sais pas. Je ne sais.

Mon cœur est triste et doux
Dansera-t-on sous les hêtres ?
Mais tu sais bien que, les dimanches, les bois sont aux vêpres.

Penser cela, est-ce être poète ?
Je ne sais pas. Qu’est-ce que je sais ?
Est-ce que je vis ? Est-ce que je rêve ?

Oh ! ce soleil et ce bon, doux, triste chien...
Et la petite paysanne
à qui j'ai dit : vous chantez bien...

Dansera-t-elle sous les hêtres ?
Je voudrais être, voudrais être
celui qui lentement laisse tomber,
comme un arbre ses baies,
sa tristesse pareille, sa tristesse
pareille aux bois qui sont aux vêpres.