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ORLEANS, Charles d’


En regardant vers le pays de France,

En regardant vers le pays de France,
Un jour m’advint, à Douvres sur la mer,
Qu’il me souvint de la douce plaisance
Que je soulais au dit pays trouver;
Si commençai de cœur à soupirer,
Combien certes que grand bien me faisoit
De voir France que mon cœur aimer doit.

Je m’avisai que c’était non savance
De tels soupirs dedans mon cœur garder,
Vu que je vois que la voie commence
De bonne paix, qui tous biens peut donner ;
Pour ce, tournai en confort mon penser ;
Mais non pourtant mon cœur ne se lassoit
De voir France que mon cœur aimer doit.

Alors chargeai en la nef d’Espérance
Tous mes souhaits, en leur priant d’aller
Outre la mer, sans faire demeurance,
Et à France de me recommander.
Or nous donn’ Dieu bonne paix sans tarder !
Adonc aurai loisir, mais qu’ainsi soit,
De voir France que mon cœur aimer doit.

Paix est trésor qu’on ne peut trop louer.
Je hais guerre, point ne la dois priser;
Destourbé m’a longtemps, soit tort ou droit,
De voir France que mon cœur aimer doit!


Je meurs de soif en cousté la fontaine

Je meurs de soif en cousté la fontaine ;

Tremblant de froid ou feu des amoureux ;

Aveugle suis, et si les autres mène;

Pauvre de sens, entre sachant l'un d'eux ;

Trop négligent, en vain souvent soigneux ;

C'est de mon fait une chose féée,

En bien et mal par Fortune menée.

Je gagne temps, et perd mainte semaine ;

Je joue et ris, quand me sens douloureux ;

Déplaisance j'ai, d'espérance plaine ;

J'attends bonne heure en regret angoisseux ;

Rien ne me plaît, et si suis désireux ;

Je m'esjoïs, et cource à ma pensée,

En bien et mal par Fortune menée.

Je parle trop, et me tais à grand peine ;

Je m'esbays, et si suis courageux ;

Tristesse tient mon confort en domaine ;

Faillir ne puis, au mains a l'un des deux ;

Bonne chère je fais quand je me deux ;

Maladie m'est en santé donnée,

En bien et mal par Fortune menée.

ENVOI

Prince, je dis que mon fait malheureux

Et mon profit aussi avantageux,

Sur un hasard j'assiérai quelque année,

En bien et mal par Fortune menée.


Rondeau 325

Au puits profond de ma mélancolie,

L’eau d’Espoir que je ne cesse de tirer,

Soif de Réconfort me la fait désirer,

Bien que souvent je la trouve tarie.

Propre je la vois, un moment, éclaircie,

Pour ensuite se troubler et empirer,

Au puits profond de ma mélancolie,

L’eau d’Espoir que je ne cesse de tirer.

J’en détrempe mon encre quand j’écris,

Mais pour mon cœur fâcher,

Fortune vient déchirer mon papier

Et jette tout, comble de félonie,

Au puits profond de ma mélancolie.