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REDA, Jacques



La bicyclette


On voit un torrent de soleil qui roule entre des branches

Et se pulvérise à travers les feuilles d'un jardin,

Avec des éclats palpitants au milieu du pavage

Et des gouttes d'or — en suspens aux rayons d'un vélo.

C'est un grand vélo noir, de proportions parfaites,

Qui touche à peine au mur. Il a la grâce d'une bête

En éveil dans sa fixité calme : c'est un oiseau.

La rue est vide. Le jardin continue en silence

De déverser à flots ce feu vert et doré qui danse

Pieds nus, à petits pas légers sur le froid du carreau.

Parfois un chien aboie ainsi qu'aux abords d'un village.

On pense à des murs écroulés, à des bois, des étangs.

La bicyclette vibre alors, on dirait qu'elle entend.

Et voudrait-on s'en emparer, puisque rien ne l'entrave,

On devine qu'avant d'avoir effleuré le guidon

Éblouissant, on la verrait s'enlever d'un seul bond

À travers le vitrage à demi noyé qui chancelle,

Et lancer dans le feu du soir les grappes d'étincelles

Qui font à présent de ses roues deux astres en fusion.