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TZARA, Tristan


La grande complainte de mon obscurité I

froid tourbillon zigzag de sang

je suis sans âme cascade sans amis et sans talents seigneur

je ne reçois pas régulièrement les lettres de ma mère qui doivent passer par la russie par la norvège et par l'angleterre

les souvenirs en spirales rouges brûlent le cerveau sur les marches de l'amphithéâtre

et comme une réclame lumineuse de mon âme malheur jailli de la sphère

tour de lumière la roue féconde des fourmis bleues

nimbe sécheresse suraiguë des douleurs

viens près de moi que la prière ne te gêne pas elle descend dans la terre comme les scaphandres qu'on inventera

alors l'obscurité de fer en vin et sel changera

simplicité paratonnerre de nos plantes prenez garde

les paratonnerres qui se groupent en araignée

ainsi je deviens la couronne d'un christ énorme

pays sans forme arc voltaïque

les aigles de neige viendront nourrir le rocher

où l’argile profonde changera en lait

et le lait troublera la nuit les chaînes sonneront

la pluie composera des chaînes

lourdes

formera dans l’espace des roues des rayons

le sceptre au milieu parmi les branches

les vieux journaux les tapisseries un paralitique

nimbe sécheresse

roue féconde des fourmis bleues seigneur doigt d’or fourneau sphingerie

pourquoi l’étrangler pourquoi

après le coup de foudre la marche militaire éclatera

mon désespoir tube en fer d’étain mais pourquoi pourquoi alors?

ainsi ainsi toujours mais le chemin

tu dois être ma pluie mon obscurité mon métal mon circuit ma pharmacie nu mai plânge nu mai plânge veux-tu

La grande complainte de mon obscurité II


regarde mes cheveux ont poussé les ressorts du cerveau sont des lézards jaunis qui se liquéfient parfois


le pendu

troué

arbre

le soldat

dans les régions boueuses où les oiseaux se collent en silence chevalier astral

tapisseries fanées

acide qui ne brule pas à la manière des panthères dans les cages le jet-d’eau s’échappe et monte vers les autres couleurs


tremblements

souffrance ma fille du rien bleu et lointain

ma tête est vide come une armoire d’hôtel

dis-moi lentement les poissons des humbles tremblent et se cassent

quand veux-tu partir

le sable

passe-port

désir

et le pont rompre à tièrce résistance

l’espace

policiers

l’empereur

lourd

sable

quelle meuble quelle lampe inventer pour ton âme

septembre de papier gaz

dans l’imprimerie


je t’aime les citrons qui gonflent sur la glace nous séparent ma mère mes veines le long du seigneur

ma mère

ma mère ma mère tu attends dans la neige amassée électricité

fabuleux

discipline
les feuilles se groupent en constructions d’ailes nous tranquillisent sur une île et monte comme l’ordre des archanges


feu blanc



POUR FAIRE UN POEME DADAISTE


Prenez un journal.

Prenez des ciseaux.

Choisissez dans ce

journal un article

ayant la longueur

que vous comptez

donner à votre poème.

Découpez l’article.

Découpez ensuite avec soin chacun des

mots qui forment cet article et mettez-les

dans un sac.

Agitez doucement.

Sortez

ensuite chaque coupure l’une après l’autre.

Copiez consciencieusement

dans l’ordre où elles ont quitté le sac.

Le poème vous ressemblera.

Et vous voilà un écrivain infiniment original

et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise

du vulgaire.