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CORNEILLE, Pierre


Chanson

Si je perds bien des maîtresses,

J’en fais encor plus souvent,

Et mes voeux et mes promesses

Ne sont que feintes caresses,

Et mes voeux et mes promesses

Ne sont jamais que du vent.

Quand je vois un beau visage,

Soudain je me fais de feu,

Mais longtemps lui faire hommage,

Ce n’est pas bien mon usage,

Mais longtemps lui faire hommage,

Ce n’est pas bien là mon jeu.

J’entre bien en complaisance

Tant que dure une heure ou deux,

Mais en perdant sa présence

Adieu toute souvenance,

Mais en perdant sa présence

Adieu soudain tous mes feux.

Plus inconstant que la lune

Je ne veux jamais d’arrêt;

La blonde comme la brune

En moins de rien m’importune,

La blonde comme la brune

En moins de rien me déplaît.

Si je feins un peu de braise,

Alors que l’humeur m’en prend,

Qu’on me chasse ou qu’on me baise,

Qu’on soit facile ou mauvaise,

Qu’on me chasse ou qu’on me baise,

Tout m’est fort indifférent.

Mon usage est si commode,

On le trouve si charmant,

Que qui ne suit ma méthode

N’est pas bien homme à la mode,

Que qui ne suit ma méthode

Passe pour un Allemand.