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THIERRY, Augustin



La conquête de l’Angleterre

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Ce fut, selon toute probabilité, un message de leur part qui vint annoncer à Guillaume la mort d"Edward et l'élection du fils de Godwin.

Au moment où le duc apprit cette grande nouvelle, il était dans son parc, près de Rouen, tenant à la main un arc et des flèches neuves qu'il essayait. Tout à coup il parut pensif, remit son arc à l'un de ses gens, et passant la Seine, se rendit à son hôtel de Rouen; il s'arrêta dans la grande salle et s'y promena de long en large , tantôt s'asseyant, tantôt se levant, changeant de siège et de posture, et ne pouvant demeurer en place. Aucun de ses gens n'osait l'aborder; tous se tenaient à l'écart et se regardaient l'un l'autre en silence. Un officier, admis d'une manière plus intime dans la familiarité de Guillaume, venant à entrer alors, les assistants l'entourèrent pour apprendre de lui la cause de cette grande agitation qu'ils remarquaient dans le duc. Je n'en sais rien de certain, répondit l'officier, mais nous en serons bientôt instruits. Puis, s'avançant seul vers Guillaume: Seigneur, dit-il, à quoi bon nous cacher vos nouvelles? qu'y gagnerez-vous? Il est de bruit commun par la ville que le roi d'Angleterre est mort, et que Harold s'est emparé du royaume, mentant à sa foi envers vous. — L'on dit vrai ,répondit le duc ; mon dépit vient de la mort d'Edward et du tort que m'a fait Harold. — - Eh bien, sire, reprit le courtisan, ne vous courroucez pas d'une chose qui peut être amendée: à la mort d'Edward il n'y a nul remède, mais il y en a aux torts de Harold; à vous est le bon droit: vous avez de bons chevaliers; entreprenez donc hardiment chose bien entreprise est à demi faite.
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