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MÉRAT, Albert


J’ai fait ce rêve bien souvent

J'ai fait ce rêve bien souvent,

Qui mettait mon cœur en détresse :

L'amour, soufflant comme le vent,

Avait emporté ma maîtresse.


Mais au matin quel beau réveil !

A mes yeux et dans mes oreilles,

C'étaient ses yeux comme un soleil

Et des paroles sans pareilles ;


Maintenant presque chaque nuit

Je fais encor ce mauvais rêve :

C'est le regret qui le conduit

Et l'amertume qui l'achève.

Les parfums

La moisson sent le pain : la terre boulangère

Se trahit dans ses lourds épis aux grains roussis,

Et caresse au parfum de ses chaumes durcis

L'odorat du poète et de la ménagère.


La tête dans l'air bleu, les pieds dans la fougère,

Les bois sont embaumés d'un arôme indécis.

La mer souffle, en mourant sur les rochers noircis,

Son haleine salubre et sa vapeur légère.


L'Océan, la moisson jaune, les arbres verts,

Voilà les bons et grands parfums de l'univers ;

Et l'on doute lequel est le parfum suprême.


J'oubliais les cheveux, tissu fragile et blond,

Qu'on déroule et qu'on fait ruisseler tout du long,

Tout du long des reins blancs de la femme qu'on aime.