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IZZO, Jean-Claude



Loin de tous rivages

…..
Midi, enfin.

Un poing s'élève.

Tous les feux du soleil se rassemblent en lui.

Brutal instant qui déchire les ronces.

Geste qui retrouve la mémoire.

Le soleil blanchit aux confins du regard. Dressé au-dessus des oliviers, il absorbe le ciel. L'olivier retient son délire. Le ciel n'ose plus frémir. Le pin éclate de sève et, au risque de périr, enlace l'heure.

L'air alors devient plus lourd de mystère. La poussière vaincue retombe au sol qui la fait naître…

Là.

Fixement, je parcours le paysage au plein de son jour.

Des relents de mémoire aux essences violentes —thym, résine et sarriette mêlés — attisent la sève qui monte en moi.

Le soleil m'accueille dans un ressac de silence.

…..


Chourmo
…..
Dehors, il faisait un temps superbe. J’avais oublié que le soleil existait. Il inondait le cours d’Estienne-d’Orves. Je me laissai porter par la douce chaleur. Les mains dans les poches, j’allai jusqu’à la place aux Huiles. Sur le Vieux-Port.

Une odeur, forte, montait de l’eau. Un mélange d’huile, de cambouis, d’eau salée. Ça ne sentait franchement pas bon. Ça puait, aurais-je dis un autre jour. Mais là, elle me fit un bien immense, cette odeur, un parfum de bonheur. Vrai, humain, c’est comme si Marseille me prenait à la gorge. Le « teuf-teuf » de mon bateau me revint en mémoire. Je me vis en mer, en train de pêcher. Je souris. La vie, en moi, reprenait place. Par les choses les plus simples.

Le ferry-boat arriva. Je m’offris un aller-retour pour le plus court et le plus beau des voyages. La traversée de Marseille. Quai du Port, Quai de Rive-Neuve. Il y avait peu de monde, à cette heure. Des vieux. Une mère qui donnait le biberon à son bébé. Je me surpris à fredonner Chella Ila. Une vieille chanson napolitaine de Renato. Je retrouvais mes marques. Avec les souvenirs qui vont avec. Mon père m’avait assis sur la fenêtre du ferry-boat et il me disait : « regarde, Fabio, regarde. C’est l’entrée du port. Tu vois. Le fort Saint-Nicolas. Le fort Saint-Jean. Et là, le Pharo. Tu vois, et après, c’est la mer. Le large ». Je sentais es grosses mains qui me tenaient sous les aisselles. J’avais quoi ? Six ou sept ans, pas plus. Cette nuit-là, j’avais rêvé d’être marin.

Place de la Mairie, les vieux qui descendirent furent remplacés par d’autres vieux. La mère de la famille me regarda avant de quitter le ferry-boat. Je lui souris.

Une lycéenne monta. Du genre de celles qui fleurissent à Marseille mieux qu’ailleurs. Père ou mère antillais, peut-être. Les cheveux longs et frisés. Les seins bien droits devant elle. La jupe à ras la pâquerette. Elle vint me demander du feu, parce que je l’avais regardée. Elle me coula un regard à la Lauren Bacall, sans un sourire. Puis elle alla se planter de l’autre côté de la cabine. Je n’eus pas le temps de lui dire merci. Pour ce plaisir de ses yeux dans les miens.

…..