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MARBEUF, Pierre de



Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage


Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.



Je disais l’autre jour

Je disais l'autre jour ma peine et ma tristesse

Sur le bord sablonneux d'un ruisseau dont le cours

Murmurant s'accordait au langoureux discours

Que je faisais assis proche de ma maîtresse.


L'occasion lui fit trouver une finesse :

Silvandre, me dit-elle, objet de mes amours,

Afin de t'assurer que j'aimerai toujours,

Ma main dessus cette eau t'en signe la promesse.


Je crus tout aussitôt que ces divins serments,

Commençant mon bonheur, finiraient mes tourments,

Et qu'enfin je serais le plus heureux des hommes.


Mais, ô pauvre innocent, de quoi faisais-je cas ?

Étant dessus le sable elle écrivait sur l'onde,

Afin que ses serments ne l'obligeassent pas.