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HARAUCOURT, Edmond


Rondel de l’adieu

Partir, c’est mourir un peu

C’est mourir à ce qu’on aime.

On laisse un peu de soi-même

En toute heure et dans tout lieu.


C'est toujours le deuil d'un vœu,

Le dernier vers d'un poème ;

Partir, c'est mourir un peu.

Et l’on part, et c’est un jeu


Et jusqu’à l’adieu suprême,

C’est son âme que l’on sème,

Que l’on sème à chaque adieu.

Partir, c’est mourir un peu…



Sonnet pointu

Reviens sur moi ! Je sens ton amour qui se dresse ;

Viens, j'ouvre mon désir au tien, mon jeune amant.

Là... Tiens... Doucement... Va plus doucement...

Je sens, tout au fond, ta chair qui me presse.

Rythme bien ton ardente caresse

Au gré de mon balancement,

O mon âme Lentement,

Prolongeons l'instant d'ivresse.

Là... Vite ! Plus longtemps !

Je fonds ! Attends,

Oui, je t'adore...

Va.!.va ! va.!

Encore.

Ha !




Les plus beaux vers

Les plus beaux vers sont ceux qu’on n’écrira jamais,

Fleurs de rêves dont l’âme a respiré l’arôme,

Lueurs d’un infini, sourires d’un fantôme,

Voix des plaines que l’on entend sur les sommets.


L’intraduisible espace est hanté de poèmes,

Mystérieux exil, Eden, jardin sacré

Où le péché de l’art n’a jamais pénétré,

Mais que tu pourras voir quelque jour, si tu m’aimes.


Quelque soir où l’amour fondra nos deux esprits,

En silence, dans un silence qui se pâme,

Viens pencher longuement ton âme sur mon âme

Pour y lire les vers que je n’ai pas écrits...


Seul

Il pleut sur la mer, lentement :

La mer crépite sous la pluie ;

Le ciel gris tombe en s’endormant

Vers la mer grise qui s’ennuie.


La vague et la vague qui suit

S’assoupissent comme les brises ;

Nulle brise et nul autre bruit

Que le frisson des gouttes grises.


Les gouttes pâles, en tombant,

Font des bulles sur les flots pâles

Où l’on croit voir nager un banc

De perles mortes et d’opales.


Suspendue au bord de l’embrun,

Comme un rêve qui se balance,

La voilure d’un bateau brun

Se désole au fond du silence.


Sur la mer, sur toute la mer,

Et par delà l’ombre des îles,

Il pleut des tristesses d’hiver

Et des renoncements dociles.


Tout un infini de douleurs

Tombe sur la vie embrumée :

Dans les larmes du monde en pleurs

Mon cœur pleure la bien-aimée.