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DEREME, Tristan


Chambre d’hôtel morose

Chambre d’hôtel morose et vide. Un œillet penche

Et touche le miroir triste où tu contemplas

Ta gorge nue. EAU CHAUDE. EAU FROIDE. MM. les

Clients sont priés de régler chaque dimanche.

C’est dimanche. Réglons les comptes de ce cœur.

Rideaux jaunes et noirs, quel funèbre décor !

Tu n’es plus là. J’ai lu Delille et l’Annuaire

Des Téléphones, pour ne plus songer à tes

Sanglots ; mais je voyais tes larmes et restais

Des heures, les yeux clos, trop habile à me nuire,

À remuer ma peine au lieu de l’endormir

Et mâchant ma douleur comme un fruit trop amer.



XIII


Le temps est achevé des cris et des tempêtes ;

Aimons-nous aujourd’hui sans tambours ni trompettes ;

Et les étalons blancs qui piaffent dans la cour

Nous les mettrons à l’écurie. Ô mon amour,

Suis-moi ; nous mènerons le troupeau noir des chèvres.

Les mots ambitieux déserteront nos lèvres ;

Nous raillerons la gloire et nous nous étendrons,

Le soir, pour bavarder, sous les rhododendrons.


XLV


La porte du jardin donne sur la ruelle

Et c’est là qu’un beau soir elle est apparue, elle

De qui l’amour est clair, comme l’aube et l’azur.

Elle m’attend. Le chat s’étire sur le mur.

Elle m’attend. C’est le village après le steppe.

Son sourire est léger comme une aile de guêpe.

Elle m’attend sous la tonnelle de roseaux.

Mon cœur est une cage où chantent mille oiseaux.

Elle m’attend, elle regarde la pendule.

J’arriverai dans la tiédeur du crépuscule,

Et quand je la verrai me tendre les deux mains,

Les roses de juillet pleuvront sur les chemins.