BENZINE, Rachid



Les Nouveaux penseurs de l'islam

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Sans doute le fait de vouloir approcher de manière scientifique le texte coranique représente-t-il la démarche la plus audacieuse des nouveaux penseurs, celle qui peut susciter le plus d'appréhensions chez les croyants de l'islam. Cette Parole divine peut-elle faire l'objet d'analyses qui ne soient pas tributaires d'une attitude de piété et de foi? Peut-on aborder le Coran comme on aborde n'importe quel autre texte de la littérature mondiale ? (...)

Les nouveaux penseurs prennent ainsi en compte les interrogations qui surgissent parmi les intelligences modernes concernant le Coran. Comment, se demandent certains, est-il possible d'avoir accès à la compréhension d'un texte si complexe, témoignant d'un univers culturel radicalement différent du nôtre ? Les nouveaux penseurs répondent en utilisant la méthode historico-critique, qui se propose de réduire la distance temporelle existant entre le texte et le lecteur, en opérant une étude historique et critique du Coran et en tentant de situer le texte dans son contexte de production. (....)

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Mal à l'aise dans un islam centré sur la loi et le pouvoir politique, se fait sentir le besoin d'une distinction claire entre le message coranique et les structures juridiques héritées d'un certain passé. La réflexion des nouveaux penseurs se révèle susceptible de fournir les moyens de cette distinction. Car ils démontrent que ce sont les juristes médiévaux, et non la Révélation, qui ont défini les principes selon lesquels allaient être exploitées les données du Coran et de la tradition. Ce sont les mêmes juristes qui ont inspiré une vision de l'islam où le légal et le juridique sont devenus centraux au détriment du message théologique et éthique. Ainsi les nouveaux penseurs, explorant l'histoire de manière critique, viennent rappeler que le concept de la Chari'a conçue comme loi totale régissant la vie des croyants est d'abord une construction humaine qui s'est cristallisée près de deux siècles après la mort du Prophète. Ou encore que le dogme du "Coran incréé" s'est imposé trois siècles après la mort du Prophète, dans le cadre d'âpres débats entre théologiens, et dans un contexte politique sanglant.

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L’Homme qui lisait des livres

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C’est en prison que j’ai lu le plus. J’ai éveillé ma conscience dans la solitude. Avec d’autres détenus palestiniens, on avait mis en place une bibliothèque de prêt avec les années. J’ai découvert L’Archipel du goulag, de Soljenitsyne, j’ai compris Foucault, j’ai dévoré Kundera, Umberto Eco, Doris Lessing, le merveilleux Calvino, j’ai pu lire et relire le Coran – l’ai-je compris ? rien n’est moins sûr. Et j’ai traversé cent ans de solitude. »

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La plupart des livres que je lis et relis, je les ai découverts en prison. Chacun raconte au moins une année d’enfermement. Et je les relis autant pour me souvenir que pour les comprendre. Un grand livre c’est un livre sans fond. Un livre d’énigmes irrésolues. Derrière l’histoire, il y a un point aveugle. Et on se perd à vouloir l’éclaircir, alors qu’il faut l’accueillir pour ce qu’il est : la bénédiction d’un mystère. Vous comprenez ? Je suis sûr que oui. Les livres qu’on aime sont des livres qu’on n’a pas compris, ou qu’on a cru comprendre mais les relisant on découvre un autre sens, une autre facette, une part inexplorée.

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