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SCEVE, Maurice


Délie
…..
L'oeil trop ardent en mes jeunes erreurs

Girouettait, mal caut, à l'impourvue :

Voici - ô peur d'agréables terreurs -

Mon basilisque, avec sa poignant' vue

Perçant Corps, Coeur et Raison dépourvue,

Vint pénétrer en l'âme de mon âme.

Grand fut le coup, qui sans tranchante lame

Fait que, vivant le Corps, l'Esprit dévie,

Piteuse hostie au conspect de toi, Dame,

Constituée Idole de ma vie.
…..
En moi saisons et âges finissants

De jour en jour découvrent leur fallace*

Tournant les Jours et Mois et Ans glissants,

Rides arants déformeront ta face.

Mais ta vertu, qui par temps ne s'efface,

Comme la bise en allant acquiert force,

Incessamment de plus en plus s'efforce

A illustrer tes yeux par mort ternis.

Parquoi, vivant sous verdoyante écorce,

S'égalera aux Siècles infinis.
…..
* fallace = ruse


CXLIV


En toi je vis, où que tu sois absente ;

En moi je meurs, où que soye présent.

Tant loin sois-tu, toujours tu es présente ;

Pour près que soie, encore suis-je absent.

Et si nature outragée se sent

De me voir vivre en toi trop plus qu’en moi,

Le haut pouvoir qui, oeuvrant sans émoi,

Infuse l’âme en ce mien corps passible,

La prévoyant sans son essence en soi,

En toi l’étend comme en son plus possible.


CXLVIII .


Vois que l'hiver tremblant en son séjour,

Aux champs tout nus sont leurs arbres faillis.

Puis le printemps ramenant le beau jour,

Leur sont bourgeons, feuilles, fleurs, fruits saillis.

Arbres, buissons, et haies, et taillis

Se crêpent lors en leur gaie verdure.

Tant que sur moi le tien ingrat froid dure,

Mon espoir est dénué de son herbe

Puis, retournant le doux ver sans froidure,

Mon an se frise en son avril superbe.