DELAROUL ÈDE, Paul



Le clairon


L’air est pur, la route est large,

Le clairon sonne la charge,

Les zouaves vont chantant,

Et là-haut sur la colline,

Dans la forêt qui domine

Le Prussien les attend.


Le clairon est un vieux brave,

Et, lorsque la lutte est grave,

C’est un rude compagnon ;

Il a vu mainte bataille

Et porte plus d’une entaille,

Depuis les pieds jusqu’au front.


C’est lui qui guide la fête.

Jamais sa fière trompette

N’eut un accent plus vainqueur,

Et de son souffle de flamme

L’espérance vient à l’âme,

Le courage monte au cœur.


On grimpe, on court, on arrive,

Et la fusillade est vive

Et les Prussiens sont adroits,

Quand enfin le cri se jette :

« En marche ! À la baïonnette ! »

Et l’on entre sous le bois.


À la première décharge,

Le clairon sonnant la charge

Tombe frappé sans recours ;

Mais, par un effort suprême,

Menant le combat quand même

Le clairon sonne toujours.


Et cependant le sang coule,

Mais sa main, qui le refoule,

Suspend un instant la mort,

Et de sa note affolée

Précipitant la mêlée,

Le vieux clairon sonne encor.


Il est là, couché sur l’herbe,

Dédaignant, blessé superbe,

Tout espoir et tout secours ;

Et sur sa lèvre sanglante

Gardant sa trompette ardente,

Il sonne, il sonne toujours.


Puis, dans la forêt pressée,

Voyant la charge lancée

Et les zouaves bondir,

Alors le clairon s’arrête :

Sa dernière tâche est faite,

Il achève de mourir.