LEMESLE, Claude
Salut les amoureux
Les matins se suivent et se ressemblent
Quand l'amour fait place au quotidien
On n'était pas fait pour vivre ensemble
Ça n'suffit pas de toujours s'aimer bien
C'est drôle, hier, on s'ennuyait
Et c'est à peine si l'on trouvait
Des mots pour se parler du mauvais temps
Et maintenant qu'il faut partir
On a cent mille choses à dire
Qui tiennent trop à cœur pour si peu de temps
On s'est aimé comme on se quitte
Tout simplement sans penser à demain
A demain qui vient toujours un peu trop vite
Aux adieux qui quelque fois se passent un peu trop bien
On fait c'qu'il faut, on tient nos rôles
On se regarde, on rit, on crâne un peu
On a toujours oublié quelque chose
C'est pas facile de se dire adieu
Et l'on sait trop bien que tôt ou tard
Demain peut-être ou même ce soir
On va se dire que tout n'est pas perdu
De ce roman inachevé, on va se faire un conte de fées
Mais on a passé l'âge, on n'y croirait plus
On s'est aimé comme on se quitte
…..
Roméo, Juliette et tous les autres,
Au fond de fond de vos bouquins dormez en paix,
Un simple histoire comme la nôtre,
Est de celles qu'on écrira jamais.
Allons petite il faut partir,
Laisser ici nos souvenirs,
On va descendre ensemble si tu veux,
Et quand elle va nous voir passer,
La patronne du café,
Va encore nous dire "Salut les amoureux".
On s'est aimé comme on se quitte
…..
La fleur aux dents
J'ai dépensé ma jeunesse comme une poignée de monnaie
J'ai fait un peu de tout, un peu partout, sans savoir rien faire
La fleur aux dents, c'était tout ce que j'avais
Mais je savais bien que toutes les femmes du monde m'attendaient
Il y a les filles dont on rêve
Et celles avec qui l'on dort
Il y a les filles qu'on regrette
Et celles qui laissent des remords
Il y a les filles que l'on aime
Et celles qu'on aurait pu aimer
Puis un jour il y a la femme qu'on attendait
J'ai connu des lits de camp bien plus doux qu'un oreiller
Et des festins de roi sur le zinc d'un buffet de gare
J'ai connu bien des gens, je les ai tous bien aimés
Mis dans leur visages au fond je n'ai rien fait que te chercher
Il y a les filles dont on rêve
…..
Un jour ici, l'autre là, un jour riche et l'autre pas
J'avais faim de tout voir, de tout savoir, j'avais tellement à faire
À me tromper de chemin tant de fois
J'ai quand même fini par trouver celui qui mène à toi
Il y a les filles dont on rêve
…..
Dans les yeux d’Emilie
Dans son quartier du vieux Québec
Les rues ont l'air d'avoir l'accent
Et l'an deux mille voisine avec
Les maisons grises du vieux temps
Mais l'hiver vient d'éclater
Le Saint-Laurent est prisonnier
D'un décembre qui va bien durer six mois
Quand les jours ressemblent aux nuits
Sans éclaircie à espérer
Qui peut croire que l'été nous reviendra
Moi, j'avais le soleil
Jour et nuit dans les yeux d'Émilie
Je réchauffais ma vie à son sourire
Moi, j'avais le soleil
Nuit et jour dans les yeux de l'amour
Et la mélancolie au soleil d'Émilie
Devenait joie de vivre
Dans son quartier du vieux Québec
Quand les toits redeviennent verts
Quand les enfants ont les pieds secs
On tourne le dos à l'hiver
C'est la fête du printemps
Le grand retour du Saint-Laurent
On dirait que les gens sortent de la terre
Mais Émilie n'est plus à moi
J'ai froid pour la première fois
Je n'ai plus ni sa chaleur, ni sa lumière
Je chante avec toi liberté
Quand tu chantes, je chante avec toi, Liberté
Quand tu pleures, je pleure aussi ta peine
Quand tu trembles, je prie pour toi, Liberté
Dans la joie ou les larmes, je t'aime
Souviens-toi, des jours de ta misère
Mon pays, tes bateaux étaient tes galères
Quand tu chantes, je chante avec toi, Liberté
Et quand tu es absente, j'espère
Qui-es-tu? Religion ou bien réalité
Une idée de révolutionnaire
Moi, je crois que tu es la seule vérité
La noblesse de notre humanité
Je comprends qu'on meure pour te défendre
Que l'on passe sa vie à t'attendre
Quand tu chantes, je chante avec toi, Liberté
Dans la joie ou les larmes, je t'aime
Les chansons de l'espoir ont ton nom et ta voix
Le chemin de l'histoire nous conduira vers toi
Liberté, Liberté
Ca va pas changer le monde
C'est drôle, tu es partie,
Et pourtant tu es encore ici,
Puisque tout me parle de toi :
Un parfum de femme, l'écho de ta voix.
Ton adieu, je n'y crois pas du tout,
C'est un au revoir, presqu'un rendez-vous...
Ca va pas changer le monde,
Il a trop tourné sans nous.
Il pleuvra toujours sur Londres...
ça va rien changer du tout.
Qu'est-ce que ça peut bien lui faire,
Une porte qui s'est refermée?
On s'est aimés, n'en parlons plus,
Et la vie continue.
Ca va pas changer le monde
Que tu changes de maison.
Il va continuer, le monde,
Et il aura bien raison.
Les poussières d'une étoile,
C'est ça qui fait briller la voie lactée...
On s'est aimés, n'en parlons plus,
Et la vie continue.
Ca va pas changer le monde,
Ça va pas le déranger.
Il est comme avant, le monde,
C'est toi seule qui as changé.
Moi, je suis resté le même,
Celui qui croyait que tu l'aimais...
C'était pas vrai, n'en parlons plus,
Et la vie continue.
Jean Des Brumes
Il a posé son chevalet
Au premier jour de la neuvaine
Dans ce hameau de Pont-Aven
Ou nos jeunesses cavalaient...
Entre sarcasmes et chapelets
Il faisait naître sur ses toiles
De drôles d'étés, de drôles d'étoiles,
Nous, on courait sur les galets...
Il avait des cheveux d'archange
Et ce regard vers l'intérieur,
Cette lumière supérieure
Qui vous pénètre et vous dérange
Sa gueule bouffée par ses yeux
Portait l'empreinte des embruns
Et son pinceau brûlait sa main
Et sa main barbouillait du feu...
C'était Jean des brumes,
Un marin de terre
Avec son costume
D'amertume et de mystère
C'était Jean des brumes,
Un géant botté
De plomb et de plumes
Je suis passé à côté...
Ce n'était pas un peintre, non
Ce n'était qu'un témoin d'amour
Un assassin de vieux discours
Qui se foutait d'avoir un nom...
Quand il nous a quittés, c'était
Le dernier jour de la neuvaine
Mais le clocher de Pont-Aven
Depuis qu'il s'est flingué se tait...
C'était Jean des brumes
Un marin de terre
Avec son costume
D'amertume et de mystère...
C'était Jean des brumes
Moi j'avais quinze ans
Son aura posthume
Me suit encore à présent
Tous les Jean des brumes
Sont toujours lestés
De plomb sous les plumes
Il ne l'a pas supporté ...
Une vie s'allume
Une vie s'éteint
Comme Jean des brumes
Parfois je hais les matins....
Jean des brumes
Il Faut Vivre
Il faut vivre, l'azur au-dessus comme un glaive
Prêt à trancher le fil qui nous retient debout
Il faut vivre partout, dans la boue et le rêve
En aimant à la fois et le rêve et la boue
Il faut se déplacer d'adorer ce qui passe
Un film à la télé, un regard dans la cour
Un coeur fragile et nu sous une carapace
Une allure de fille éphémère qui court
Je veux la chair joyeuse et qui lit tous les livres
Du poète au polar, de la Bible à Vermot
M'endormir presque à jeun et me réveiller ivre
Avoir le premier geste et pas le dernier mot
Étouffer d'émotion, de désir, de musique
Écouter le silence où Mozart, chante encore
Avoir une mémoire hypocrite, amnésique
Réfractaire aux regrets, indulgente aux remords
Il faut vivre, il faut peindre avec ou sans palette
Et sculpter dans le marbre effrayant du destin
Les ailes mortes du Moulin de la Galette
La robe de mariée où s'endort la putain
Il faut voir Dieu descendre une ruelle morne
En sifflotant un air de rancune et d'espoir
Et le diable rêver, en aiguisant ses cornes
Que la lumière prend sa source dans le noir
Football, amour, alcool, gloire, frissons, tendresse
Je prends tout pêle-mêle et je suis bien partout
Au milieu des dockers dont l'amarre est l'adresse
Dans la fête tzigane et le rire bantou
On n'a jamais le temps, le temps nous a, il traîne
Comme un fleuve de plaine aux méandres moqueurs
Mais on y trouve un lit et des chants de sirènes
Et un songe accroché au pas du remorqueur
Jamais ce qui éteint, jamais ce qui dégoûte
Toujours, toujours, toujours, ce qui fait avancer
Il faut boire ses jours, un à un, goutte à goutte
Et ne trouver de l'or que pour le dépenser
Qu'on s'appelle Suzanne, Henri, Serge ou que sais-je
Quidam évanescent, anonyme, paumé
Il faut croire au soleil en adorant la neige
Et chercher le plus-que-parfait du verbe aimer
Il faut vivre d'amour, d'amitié, de défaites
Donner à perte d'âme, éclater de passion
Pour que l'on puisse écrire à la fin de la fête
Quelque chose a changé pendant que nous passions
Sous une pluie d'étoile
J'ai hurlé mon amour
Je l'aimais comme-ci
Plus rien n'existait autour
Peu importe que la nuit tombe
Peu importe je cours
J'ai dans l'âme une lueur
Donc j'attends ton secours