SCARRON, Paul


Il n'est plus temps de rimailler ;

On m'a dit qu'il faut détaller :

Moi, qui suis dans un cul de jatte ;

Qui ne remue ni pied ni patte,

Et qui n'ai jamais fait un pas,

Il faut aller jusqu'au trépas.


Epitaphe

Celui qui ci maintenant dort

Fit plus de pitié que d'envie,

Et souffrit mille fois la mort

Avant que de perdre la vie.

Passant, ne fais ici de bruit

Garde bien que tu ne l'éveilles :

Car voici la première nuit

Que le pauvre Scarron sommeille.



À Madame Radigue


Votre laquais vert, jaune ou gris,

Ô dame toute libérale,

M’a présenté votre régal;

C’est pourquoi ce rondeau j’écris.


Un matin, ma servante à cale,

Aussitôt que les yeux j’ouvris,

Fit entrer dans ma chambre sale

Votre laquais vert, jaune ou gris.


Vos beaux coings confits, il m’étale,

En faisant un petit sourire.

« Où diable les avez-vous pris,

Ô dame toute libérale ? »


Ce ne sont pas des fruits de la halle,

Et leur beauté m’a bien surpris

Quand ce laquais, des mieux appris,

M’a présenté votre régal.


Ô ! que n’ai-je un bijou de prix

Pour vous envoyer chose égale !

Mais j’ai beau chercher dans ma malle ;

C’est pourquoi ce rondeau j’écris.


Je vous aime d’un amour loyal ;

Homme de son corps entrepris,

Peut, de votre mérite épris,

Se dire tout haut, sans scandale,

Votre…


Adaptation Z. DE MEESTER